De Giovanni à Gian Gionigi Galeni | 1519-1587

 

l’Italien de Calabre devenu Amiral en chef de l’Empire Ottoman

 

Auteur: Par Rinaldo Tomaselli

La Calabre n’a jamais été un pays de Cocagne et pourtant, tout au long de son Histoire elle fut l’objet des convoitises de nombreux peuples. Les Grecs, les Romains, les Lombards, les Normands, les Souabes, les Byzantins, les Sarrasins, les Espagnols, les Français, les Autrichiens, les Albanais, les Ottomans et tant d’autres, sont passés par là, ravageant les villes et les villages, ne laissant que la désolation. Depuis le milieu du XIXe siècle la Calabre a été intégrée à l’Italie, mais elle reste la région la plus pauvre du pays, minée par la Ndrangheta (mafia locale), qui est l’une des plus puissantes organisations criminelles du continent.Pendant tout le XXe siècle, cette terre de misère ne nourrissait pas ses enfants et c’est par milliers que les Calabrais émigrèrent dans toute l’Europe, en Australie et aux Amériques.

De nos jours, la Calabre n’a toujours rien d’opulent, toutefois le tourisme s’y est un peu développé. Les voyageurs sont attirés par de fantastiques paysages et des sites archéologiques laissés par les envahisseurs successifs. Dans la longue liste des points d’intérêt calabrais, la petite ville d’Isola di Capo Rizzuto, dans la province de Crotone, est incontournable. La commune offre de belles plages et un parc marin protégé, tandis qu’une de ses fractions, Le Castella, possède une jolie forteresse espagnole bien conservée. Sur la place du village (Piazza Ucciali), un curieux monument attire l’attention. Il s’agit d’un buste du sculpteur Gustavo Valente représentant un « Ucciali Pacha » coiffé d’un turban à la turque. Une inscription en turc et en italien indique qu’il s’agit d’un enfant du pays devenu pacha ottoman.

La forteresse espagnole de Le Castella

Si encore de nos jours, on fait peur aux petits calabrais pas sages en les menaçant d’appeler les Turcs, ce n’est pas sans fondement. Pendant plusieurs siècles, la barbaresque faisait des razzias sur les côtes italiennes, pillant les villages et capturant les habitants pour fournir les marchés aux esclaves des Ottomans. C’est ainsi qu’un beau jour d’avril 1536, le jeune Gian Dionigi Galeni, en chemin pour Naples où il devait suivre une éducation religieuse, fut capturé par le corsaire Ali Ahmet Pacha qui l’emmena loin de sa Calabre natale.

Gian (ou Giovanni) Dionigi Galeni était le fils d’un pêcheur et était né 17 ans plus tôt au village de Le Castella. Il fut emmené à Alger, fief du fameux Barberousse, un corsaire et renégat grec né à Lesbos, au service du sultan ottoman. Ali Ahmet Pacha était également un renégat grec (ou albanais) dévoué à Barberousse. Le jeune Gian fut contraint aux galères pendant plusieurs années, mais son mauvais caractère entraîna une mise à l’écart de la part des autres esclaves chrétiens qui le surnommaient Ali-le-Teigneux.

Pour avoir d’autres perspectives que de finir sa vie dans une galère, Gian se convertit à l’islam, la loi coranique ne permettant pas de réduire un musulman à l’esclavage. Il prit le nom d’Uluç Ali (ou Uluch Ali), que les Italiens transformèrent en « Ucciali ».Emancipé, il resta néanmoins au service d’Ali Ahmet Pacha qui le nomma quelques années plus tard, officier de vaisseau. Cette nouvelle position lui permit de s’enrichir dans le commerce des esclaves en écumant les côtes de la Méditerranée.

En 1538, aux côtés de Barberousse, Gian - Uluç Ali, participa à la plus grande victoire marine des Ottomans, à la bataille de Preveza (Grèce actuelle). Habile marin, corsaire redouté, Uluç Ali devint également un capitaine de vaisseaux de guerre. Il se distingua dans plusieurs batailles navales et en 1565, participa au siège de Malte qui échoua, mais sa bravoure fut reconnue par l’amiral Piyale Kaptan Pacha qui le nomma gouverneur de la Tripolitaine. En 1568, il fut nommé Beylerbeyi (gouverneur en chef) d’Alger, de Tunis et de Tripolitaine. Le sultan lui décerna le titre de pacha peu après.

Gian Dionigi Galeni
Né en 1519 à Le Castella, Royaume de Naples, devenu Uluç Ali, puis Kılıç Ali Pacha, décédé le 21 juin 1587 à Constantinople, Empire ottoman.

Entre 1568 et 1571 il livra plusieurs batailles contre les Espagnols, les Hafsides et les Vénitiens et participa à de nombreux raids contre la Calabre espagnole qu’il rêvait de rattacher à l’Empire ottoman. Il prit la ville de Tunis (1569) et la ville vénitienne de Dulcigno (actuel Monténégro) en 1571. Il se distingua également à la bataille de Lépante (7 octobre 1571) en coulant douze galères génoises et surtout il fut le seul commandant ottoman à s’en sortir vivant. En récompense, le sultan Selim II l’éleva au rang de Kapitan Pacha (amiral en chef) et lui donna le nom de Kılıç Ali Pacha (Ali-le-Sabre).

On dit que le sultan Selim II ne l’aimait pas, comme un grand nombre de dignitaires ottomans qui jalousaient son immense fortune et son pouvoir. Kılıç Ali Pacha se fit bâtir un palais sur le Bosphore et, en 1580 il commanda au fameux architecte Mimar Sinan, un complexe religieux comprenant une belle et grande mosquée, une école, une fontaine monumentale et un hammam.

Mosquée Kılıç Ali Pacha, quartier de Tophane, Istanbul

Bien qu’il ait épousé juste après sa conversion, la fille d’un Calabrais également converti, Kılıç Ali Pacha n’eut pas de descendance, mais plus de 500 jeunes hommes vivaient dans son palais. Il les appelait « ses fils ». Il est mort le 21 juin 1587 et fut enterré dans un mausolée au pied de la mosquée portant son nom, dans le quartier de Tophane à Istanbul. Une légende circule encore de nos jours en Calabre disant que Kılıç Ali Pacha aurait débarqué une nuit secrètement à Le Castella pour venir embrasser sa mère.

FΩRMIdea Istanbul, le 8 janvier 2017. Lea en español

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Rinaldo Tomaselli

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