L’armistice entre l’Empire ottoman et les États vainqueurs de la guerre 14-18, avait été signée à Moudros le 30 octobre 1918. Dans les conditions de reddition, les troupes des vainqueurs pouvaient prendre le contrôle des détroits (Bosphore et Dardanelles) et occuper n’importe quelle partie du territoire ottoman. Si les États vainqueurs faisaient immédiatement savoir qu’ils entendaient respecter l’intégralité du territoire ottoman, dans les faits, les Britanniques occupaient déjà toute la Mésopotamie, Chypre, l’Égypte et la Palestine. Les Italiens occupaient le collier d’îles au sud de Bodrum (le Dodécanèse), tandis que les Français lorgnaient sur la Syrie et, bien que tardivement rentrée dans le conflit, la Grèce entendait bien se tailler une part du gâteau en Anatolie occidentale et sur les côtes orientales de la mer Noire.
Occupation grecque
Les conséquences de la défaite grecque
En Grèce, la majorité des détenus sont des civils (il n’y a pas eu de combat sur le territoire grec). Il s’agit principalement de femmes, d’enfants et de vieillards musulmans et turcophones, retenus en otage comme moyen de pression. A l’inverse, en Turquie, les prisonniers sont pratiquement tous des militaires. Toutefois, environ 250.000 réfugiés orthodoxes, sont déjà arrivés en Grèce en provenance d’Anatolie au début du mois d’octobre 1922. Entre mi-mars et début mai 1923, les Croix-Rouge suisse et suédoise s’occuperont du rapatriement de 4.600 civils musulmans de Grèce et de 9.800 soldats grecs de Turquie.
L’ordre avait été donné aux soldats turcs de ne pas faire de mal aux civils. Il eut toutefois des tueries et des vengeances qui firent plusieurs morts. S’en suivit un gigantesque incendie qui débuta dans le quartier arménien et anéantis également le quartier grec. Les quartiers levantins, turcs et juifs furent plus ou moins épargnés et c’est là que demeuraient les habitants qui n’avaient pas fui le pays. La ville d’Aïdin avait été pratiquement détruite par l’armée grecque en 1919, lors de son avancée en Anatolie. La partie épargnée, soit les quartiers grec, juif et arménien, a été rasée lors de la débâcle de 1922. Le petit David Arugete était donc né au milieu des décombres que l’armée grecque avait laissés et, après son second passage, la famille était totalement démunie et se retrouvait sans toit. Comme tous les autres Juifs d’Aïdin, le couple Arugete et leurs quatre enfants s’en alla trouver refuge à Izmir où il pouvait compter sur des cousins et sur la communauté juive.
La communauté juive d’Izmir
Les environs de la ville comportaient quelques faubourgs habités par la bourgeoisie. C’était le cas de Caratache (Karataş), où des familles juives aisées possédaient de belles et grandes demeures en pierres en bord de mer. Un ascenseur public faisait le lien avec le sommet de la colline, lui aussi occupé par le même genre de maisons juives. Caratache avait sa synagogue et un hôpital, mais la plupart des institutions juives restaient dans le vieux quartier du bazar. C’était le cas d’un hôpital public, du grand rabbinat, des écoles, du bain public, de l’orphelinat, de l’hospice et de plusieurs synagogues. Pendant toute la période ottomane, les quartiers n’étaient pas strictement délimités les uns des autres. Des Juifs vivaient dans des quartiers turcs, arméniens ou grecs et le contraire était courant. Il n’y a jamais eu de ghetto dans l’Empire ottoman, ni pour les Juifs, ni pour d’autres groupes ethnico-religieux.
faubourg de Caratach, Smyrne (Izmir)
Toutefois une sorte de clivage social existait bel et bien. Dans les quartiers aisés, les Francs (appelés Levantins de nos jours), les Juifs et les autres parlaient généralement le français, tandis que dans les quartiers populaires les langues communautaires étaient utilisées selon la majorité des gens du quartier : turc, grec, espagnol, arménien. Ainsi, dans le vieux quartier juif, c’était l’espagnol qui dominait, tandis que dans le quartier juif aisé de Caratache, c’était le français.
La famille Arugete, s’installa près du bazar, dans le quartier juif le plus populaire. En 1925, alors que le petit David n’avait quatre ans, son père décéda accidentellement. Roza, sa mère qui était née au Mexique, décida d’y retourner en laissant les enfants à l’orphelinat juif du quartier (El Nido de Huérfanos). Une fois que la situation se serait améliorée et qu’elle pourrait vivre correctement, elle serait revenue les chercher. En fait, la situation économique au Mexique étant pire qu’en Turquie, le projet n’aboutit jamais.
Les années passèrent et David effectua toute sa scolarité à l’école primaire juive. L’école de l’Alliance Israelite Universelle était voisine et l’enseignement y était meilleur, mais David dû se contenter de l’école primaire où il apprit néanmoins correctement le français.
début de carrière de chanteur
C’est après son service militaire à Akhisar, qu’il débuta véritablement sa carrière de chanteur d’opérette. Il gagna suffisamment d’argent pour déménager à Caratache, près de l’Ascenseur où il loua une petite maison. En 1941, alors que David n’avait que vingt ans, il était déjà connu à Izmir et à Istanbul comme chanteur accompagnant les orchestres de mariachis. Après la guerre, il fut remarqué par l’Américain John Mc Call qui dirigeait un orchestre en tournée européenne. Il fut engagé et débuta sa carrière internationale en se produisant dans les capitales d’Europe, puis lors d’une tournée aux Etats-Unis.
succès commerciaux
Dario Moreno et Brigitte Bardot
Résidence à Paris
Mort à Istanbul & inhumé à Tel Aviv
On appela un docteur qui conclut à un arrêt cardiaque. La nouvelle ne fut pas rendue publique immédiatement et quand on révéla le décès du chanteur, son corps était déjà en route vers Israël, où il fut inhumé au cimetière d’Holon, dans la banlieue sud de Tel-Aviv.
Le sort a voulu qu’il meure sur la terre de ses ancêtres, mais dans des conditions qui demeurent un peu mystérieuses. On ne sait pas pour quelle raison les autorités turques, en accord avec les responsables rabbiniques d’Istanbul, ont envoyé discrètement le corps en Israël. Dario Moreno n’avait que 47 ans, mais il avait clamé depuis longtemps qu’il désirait terminer sa vie dans son pays et qu’il serait enterré dans sa ville, Izmir. Il n’est pas courant non plus que l’on ne pratique pas d’autopsie lorsqu’on retrouve un voyageur mort sur le tapis d’un hôtel.




