Une journée à Auschwitz-Birkenau
L’ARRIVÉE À AUSCHWITZ
Il y fait un temps glacial et ce froid vous saisit le visage. Je me suis vêtu de quatre couches de vêtements, d’une écharpe, d’un chapeau, de gants et de sous-vêtements longs. Comment résister à ce plein hiver habillé d’un seul pyjama à rayures ?
Beaucoup de gens sont déjà là, alignés ; on nous sépare en groupes. La sécurité est stricte, seuls de petits sacs à main d’un format A4 tout au plus sont autorisés car des visiteurs un peu trop collectionneurs seraient repartis avec quelques objets du musée. Il est étrange qu’un camp de la mort soit devenu une telle attraction touristique. J’en déduis que pour beaucoup, il s’agit d’un lieu important à visiter afin d’être témoin de l’horreur et de se la rappeler. J’essaie comme un bon nombre – je suppose – de m’imaginer dans ce monde. Comment aurais-je fait pour survivre ?
Je ne me sens pas d’humeur à parler et j’espère que mon ami anglais qui m’accompagne ne me tiendra pas rigueur d’être un peu en retrait.
Je vais vite aux toilettes : 1 zloty. Heureusement qu’il me reste des pièces. Pourquoi ne peuvent-ils pas ajouter quelques zlotys au prix d’entrée et nous laisser utiliser gratuitement les WC (et garder la monnaie) ? On nous demande gentiment de mettre nos téléphones portables sous le mode silence, rappel que je trouve judicieux. On donne ensuite des écouteurs et une radio qui nous permettent d’entendre notre guide, une Polonaise à la voix apaisante, comme celle d’un ronronnement.
LA VISITE DU MUSÉE
Des milliers de chaussures, de brosses, de lunettes… quantité de cheveux. Des tas et des tas. Et le tissu fait de cheveux. Les nazis étaient dans l’esprit du recyclage bien avant que cela devienne la mode. Nous traversons l’enceinte, nous écoutons les explications, nous lisons les commentaires, prenons des photos. Je souhaite juste que la guide parle un peu moins et laisse le silence des murs et le murmure de ceux et celles qui y ont péri.
BIRKENAU : L’INDUSTRIE GÉNOCIDAIRE
Le train arrive facilement directement dans le camp, on décharge, la sélection est faite rapidement pour ne retenir que les plus forts, une douche « rapide » et le départ pour le crematorium…
Les nazis étaient si compétents en la matière que vers la fin, 80% des milliers d’arrivants – celles et ceux qui ont survécu au long voyage dans des wagons à bestiaux, debout sans nourriture et sans eau – ont été gazés et incinérés en l’espace de quelques heures après l’arrivée de leur convoi.
Nous sommes sur le point de partir, je dois passer aux toilettes. Un zloty. Heureusement que j’ai des pièces.
Je ne suis pas totalement sûr de ce que j’attendais de ma visite à Auschwitz. Étant israélien, j’ai été accoutumé très tôt aux images horribles de l’holocauste. Dès notre plus jeune âge, nous étudions cette période de l’histoire à l’école, nous regardons des films, nous assistons aux commémorations, nous visitons les musées et écoutons les témoignages des survivants. Il n’y avait rien de nouveau dans le contenu de cette visite. Ce n’était pas l’expérience bouleversante à laquelle on pouvait s’attendre. Et pourtant, le fait d’y être allé m’a bouleversé plus que j’aimerais l’admettre. Je me suis senti quelque peu déprimé et arraché au monde pour le reste de la journée.
Voir de ses propres yeux le lieu où s’est perpétré le plus grand crime contre l’humanité, ce comble de la barbarie, suscite en moi une grande affliction ; en tant qu’être humain, a fortiori de descendance juive.
RÉFLEXIONS
Nous sommes sur le chemin de retour vers Cracovie. Notre charmant jeune chauffeur met de la musique disco dont Bonnie M et Michael Jackson. Essaie-t-il de nous égayer ou de nous remonter le moral ? Je m’abstiens de faire tout commentaire durant le trajet mais lui fais remarquer à notre arrivée que certains d’entre nous étaient en train de mesurer toute la portée de ce qu’ils venaient de voir et que la musique pop était sans doute inopportune. Le conducteur semble perplexe.
Traduit de l’anglais par Pierre Scordia. Version originale en anglais







