Autrice: Beverly Andrews
La grande rétrospective organisée par la Tate Britain à Londres retrace l’exceptionnelle trajectoire d’une femme aux multiples vies : mannequin, photographe surréaliste, puis pionnière du reportage de guerre.
Peu de photographes ont mené une carrière aussi riche et inattendue que celle de la photojournaliste britannique Lee Miller. D’abord mannequin très prisée d’American Vogue, elle devient ensuite une figure emblématique du surréalisme avant de s’imposer comme l’une des photographes de guerre les plus marquantes de son époque. Elle immortalise certains des moments les plus bouleversants du XXᵉ siècle — le Blitz à Londres, la libération de Paris ou encore l’ouverture des camps de Dachau et de Buchenwald.
Longtemps, pourtant, son nom sombre dans l’oubli. Ce n’est qu’après la découverte fortuite de son immense archive par son fils, Anthony Penrose, que son œuvre retrouve la place qu’elle mérite. Cet automne, la Tate Britain lui consacre la plus vaste exposition jamais présentée, réunissant quelque 230 tirages vintage et contemporains, dont beaucoup montrés pour la première fois. L’ensemble offre un panorama saisissant de l’une des artistes les plus fascinantes du siècle dernier.
Née en 1907 à Poughkeepsie, dans l’État de New York, Miller étudie d’abord la peinture et la scénographie avant d’être repérée comme mannequin. Photographiée par des maîtres tels que Cecil Beaton et Edward Steichen — dont plusieurs œuvres figurent dans l’exposition — elle s’installe ensuite à Paris où elle cherche à rencontrer Man Ray. Leur collaboration, à la fois créative et intime, donne naissance à un procédé resté célèbre : la solarisation, qui crée un halo spectaculaire en inversant partiellement l’exposition à la lumière. Leurs images surréalistes, d’une force hypnotique, comptent parmi les moments forts de la rétrospective.
À la fin des années 1930, Miller affirme pleinement sa propre vision. Elle photographie les rues du Paris d’avant-guerre, ouvre son studio à New York et rencontre le surréaliste Roland Penrose, celui qui deviendra son mari.
Avec l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle phase décisive de sa carrière commence. L’une des rares femmes photojournalistes à être accréditées — aux côtés de Margaret Bourke-White, Mary Welsh, Dixie Tighe et Elizabeth Murphy Moss, première correspondante afro-américaine — elle documente la destruction de l’Europe avec une lucidité implacable. Ses clichés des camps libérés demeurent parmi les témoignages visuels les plus bouleversants de la période. Plus glaçante encore est sa propre réflexion : « Les villages allemands étaient magnifiques — mais il faut se souvenir que les gens qui y vivaient étaient désormais l’ennemi. » Une phrase qui rappelle avec force la violence déshumanisante de la guerre.
Cette rétrospective, attendue de longue date, est incontournable pour quiconque s’intéresse à l’histoire de la photographie du XXᵉ siècle ou souhaite découvrir l’œuvre d’une artiste exceptionnelle.
L’exposition “Lee Miller” est présentée à la Tate Britain jusqu’au 15 février.



Portrait of Space fut publié pour la première fois dans le London Bulletin en juin 1940, aux côtés d’une photographie de Lee représentant son amie Dora Maar de profil. L’image fut vue par de nombreux membres du cercle surréaliste. René Magritte en fut particulièrement inspiré et reprit la forme de la moustiquaire déchirée dans son tableau de 1938, Le Baiser.
On dit que cette photographie, ainsi qu’une version similaire, ont inspiré le tableau intitulé Le Baiser du surréaliste belge René Magritte.
Publié dans London Bulletin, juin 1940.



Première procession funéraire, Buchenwald, Allemagne, 1945

Après la guerre, Scherman rentra à New York. En 1949, il épousa Rosemary Redlich, avec laquelle il eut deux fils. En 1973, il dirigea l’édition d’une série de livres TIME LIFE qui connut un immense succès. Sa dernière mission d’écriture fut la préface de Lee Miller’s War, l’ouvrage consacré à Lee Miller par son fils Antony Penrose. Après la fermeture de TIME Inc., Scherman entama une seconde carrière, cette fois comme entrepreneur : il construisit 28 maisons pour ses amis à Cape Cod, Long Island, Rockland et dans le New Jersey.
David E. Scherman, Lee Miller et Roland Penrose demeurèrent amis jusqu’à la fin de leur vie. David, qui survécut aux deux autres, mourut en 1997 à l’âge de 81 ans, dans sa maison de Stony Point, aux États-Unis.
