L’arrivée au Paradis tropical
Auteur : Pierre Scordia
Grâce aux relations de Maman, le P’tit Manu trouve un stage d’énarque tranquille et rémunéré sur l’île aux Fleurs. Arrivé à l’aéroport, il est impressionné par cette France tropicale. L’aérogare qui porte le nom du chantre de la négritude, le talentueux Aimé Césaire, vient d’être refait à neuf. Le terminal est spacieux et moderne.
À la sortie du hall des arrivées, une petite pancarte brandie par Denis, un beau et jeune Martiniquais à la peau dorée et aux yeux verts lui souhaite la bienvenue et le conduit vers son SUV Ranch Rover Evoque gris métallisé aux vitres teintées. Comme beaucoup d’autres véhicules sur le parking, la voiture de Denis semble neuve alors que les lettres et les chiffres de la plaque d’immatriculation sont abimés, ainsi les radars ne peuvent les identifier.
Comme en France, les autoroutes semblent bien entretenues mais bordées de cocotiers et de palmiers. De beaux drapeaux français et européens flottent devant les grandes entreprises et les bâtiments gouvernementaux, ce qui procure au P’tit Manu un léger frisson de fierté.height=”20px”]Sur une voie spéciale circulent des autobus hyper modernes ressemblant plus à des trams qu’à des cars ; ce sont les TCSP, acronyme typiquement français.
Denis le dépose sur le Malecon de Fort-de-France où sont amarrés navettes maritimes de l’île et bateaux de croisière. Près de l’embarcadère, un groupe créole joue de la musique antillaise, la joie de vivre et la bonne humeur s’ajoutent à l’exotisme. Là, il attend son bateau qui le mènera en face, aux Trois Îlets que les locaux appellent ironiquement « métroland », parce que la grande majorité des habitants y sont blancs.
Le P’tit Manu se sent au paradis sur cette mer des Caraïbes parsemée de mornes luxuriants et de volcans imposants. Il traverse la baie des Flamands et arrive à la belle marina de la Pointe-du-Bout des Trois-Îlets où il descend. Tout y est magnifique : le port de plaisance, le village, les maisons blanches aux volets colorés, le square, les boutiques, les restaurants et cafés. On dirait presque un décor de Wall Disney. Il se connecte à Google Map et passe devant le casino puis longe la plage. Tiens, il voit dans cette petite anse un drapeau breton devant une crêperie ; c’est le deuxième qu’il aperçoit. Ils sont vraiment partout ces Bretons ! Il monte la côte et trouve enfin la rue de la Cannelle. Le propriétaire du petit appartement, un Normand, l’attend pour lui remettre les clés. De sa terrasse, il voit la mer et le sommet des monts du Carbet. Les lumières de Fort-de-France de l’autre côté de la baie commencent à être visibles au fur et à mesure que le soleil se couche. Le coassement des petites grenouilles perce cette tranquillité crépusculaire. On dirait presque qu’elles stridulent tant le bruit qu’elles émettent ressemble à celui des grillons ou des cigales. Le P’tit Manu ouvre la bouteille de planteur [1]que son propriétaire lui a laissée sur la table en signe de bienvenue et se sert un verre puis va s’asseoir sur la terrasse. Il est heureux ! Luxe, calme et volupté.
Week-end idyllique
Son premier week-end est idyllique. Il le passe sur la plage et dans les bars. Il fait la connaissance de fêtards, de métros locaux dont les neurones sont déjà bien entamés par trop de consommation d’herbes transgéniques du pays et de canne à sucre fermentée. Pour éviter les coups de soleil, le P’tit Manu s’expose le matin et en fin d’après-midi. Il adore nager dans cette mer transparente où le frôlent des poissons multicolores, de petites raies élégantes, des poulpes méfiants et de curieux calmars aux yeux violets qui se déplacent en groupe de façon verticale. La baie d’Anse Mitan protège cet écosystème des algues et des vagues. La mer scintille au soleil comme une piscine grâce au fond marin fait de fin sable blanc.height=”20px”]Il s’étonne que le tutoiement soit de rigueur sur cette île française. Quand il fait son marché, tout le monde le tutoie, avec le rire en plus. Les gens ont l’air plutôt accueillants et patients. On ne se presse pas, on prend le temps, on vit le moment. Quelle belle philosophie !
Le premier jour au travail
Le lundi matin, le P’tit Manu se rend sourire aux lèvres au ponton servant d’embarcadère pour les navettes. Il rejoint un groupe d’une dizaine de personnes qui attend le bateau afin de gagner Fort-de-France où se trouvent la plupart des bureaux administratifs de l’île.
Tiens, la navette a du retard ! Un homme consulte le site de la compagnie. Il soupire, résigné et annonce aux autres passagers que les employés de l’entreprise viennent de faire grève sans préavis. Mince ! Comment faire ? Le P’tit Manu est embêté, d’autant plus qu’il s’agit de son premier jour de travail. Lui qui tenait à faire si bonne impression…

Il arrive au bureau avec une heure trente de retard. Il a dû faire du stop pour rejoindre la capitale, Fort-de-France. Mais son retard est à peine remarqué, même sa cheffe, elle, n’arrive à son poste qu’à 11 heures du matin à cause des dockers qui auraient bloqué un rond-point sur sa route. Bien en chair, quelque peu coquette, Juliette Montfleuri planifie une réunion avec le P’tit Manu à midi, ce qui lui laisse le temps de dire bonjour à ses collègues, d’échanger quelques blagues et de se plaindre de la circulation.
La cheffe : Juliette Montfleuri
À la réunion de présentation, Juliette se lance dans un monologue. Elle lui annonce qu’elle se sent vraiment fatiguée aujourd’hui et qu’elle a hésité à venir au travail. Victime d’une insomnie à cause d’un dialogue avec Dieu, elle n’a pas fermé l’œil de la nuit. Elle lui explique qu’avant de se convertir à la vraie religion, elle était une féministe indépendantiste mais grâce à l’inspiration divine, toutes ces idées politiques finalement se révèlent futiles. Désormais, seule la parole de l’Évangile compte pour elle. Elle s’éternise dans son monologue en racontant sa tragédie familiale : elle est née beaucoup plus claire que ses sœurs, elle qui est si fière de ses origines africaines. Elle raconte qu’elle a souffert de discrimination à l’école et qu’on l’appelait partout la « chabine ». Mais selon elle, ce n’est pas le pire qui lui soit arrivé… Non ! Sa tragédie est que son fils chéri lui a confié qu’il était homosexuel, alors que son père était un invétéré macho coureur de jupons. Ce n’est pas le genre de Révélation qu’elle attendait… Elle avoue qu’elle aurait préféré que son fils devienne voyou. Elle prie chaque soir pour son âme car l’exorcisme à distance mené par son drôle de pasteur n’a pas suffi, malgré les quatre coqs égorgés. Le bougre de fils a fui à Paris.
Évidemment, le P’tit Manu suivant sa bonne intuition s’abstient de tout commentaire et ne lui communique ni son athéisme ni sa pan-sexualité. Il préfère revenir au vrai sujet de la réunion, c’est-à-dire ses horaires et sa mission qui n’ont toujours pas été définis.
Pour l’instant, il n’a juste qu’à s’installer à son bureau, le temps qu’elle s’organise. Pour les horaires, il travaillera de 7h30 à 16h30 avec une heure de pause déjeuner le lundi, mardi et jeudi et finira à midi le mercredi et le vendredi. Il aura le droit à des chèques restaurant, à la prime outre-mer, c’est-à-dire 40% en plus de son salaire mensuel et un rabais de 30% d’impôts. Il aura le droit aussi à une prime de représentation de 359 Euros pour les cérémonies officielles pour s’acheter de beaux vêtements. Il bénéficie aussi d’une carte des transports gratuite (bus, bateaux et TCSP) et une indemnité pour son billet d’avion transatlantique de 3000 Euros ; Ah ! sans oublier la prime « macron » de 1000 euros. Cette prime a été gagnée après un lourd combat, 40 jours de grève qui n’ont finalement pas été déduits du salaire, puisque personne n’a franchi le piquet tenu par deux volontaires. Ici, on respecte le droit des travailleurs. Plus d’esclavage déguisé !
Le P’tit Manu les yeux grands écarquillés lui demande :
– Euh… et donc pour les horaires, je viens demain à 7h30, c’est bien ça ?
– Jeudi, nous organiserons une journée de cohésion et nous irons faire du kayak au Marin. Quant à la semaine prochaine, c’est le Carnaval. Nous fermons les bureaux pendant 3 jours.
– Et pour le télétravail, combien de jours par mois ?
– Ici, à la Martinique, il n’y a pas de télétravail. Ce n’est pas dans notre culture. Par ailleurs, ma tâche est de superviser. Je dois m’assurer de votre présence.
– Sur mon bureau, il n’y a pas d’ordinateur.
– Pas de souci, on règlera ça après le Carnaval. Nos trois informaticiens sont de toute façon en congés de maladie depuis 3 mois. Les pauvres, ils ont attrapé un long covid… Aux Antilles, beaucoup ont refusé de se faire vacciner de crainte que les multinationales pharmaceutiques contrôlées par les Francs-maçons ou les Reptiliens tentent de nous contrôler, pire de nous asservir à nouveau. Quant aux ordinateurs, nous ne les avons pas encore reçus de métropole. Bon, je dois mettre fin à cette réunion car ma mère est à l’hôpital. Je ne serai pas là cet après-midi. On se voit plus tard, si Dieu veut.
Le P’tit Manu quitte l’entretien quelque peu hagard.
La collègue : chantal
A la fin de cette première journée de dur labeur, le P’tit Manu décide de faire un tour dans Fort-de-France. Il passe devant la magnifique préfecture, il croit être devant le Petit Trianon. Il s’extasie devant la splendide bibliothèque Schœlcher, bâtiment construit pour l’exposition universelle à Paris et offert à la Martinique au XIXe siècle. En face, se trouve le parc de la Savane et le fort Saint-Louis. Il passe devant la statue de l’impératrice Joséphine, la Martiniquaise la plus connue mondialement. Il lui manque la tête et son buste est déjà bien abîmé. Intrigué, il s’approche et découvre une kyrielle de flagorneries. Désappointé, il continue sa balade et passe devant l’arrêt de bus sur lequel est tagué « Haïtiens dehors ».
Ballade à Fort-de-France
A la fin de cette première journée de dur labeur, le P’tit Manu décide de faire un tour dans Fort-de-France. Il passe devant la magnifique préfecture, il croit être devant le Petit Trianon. Il s’extasie devant la splendide bibliothèque Schœlcher, bâtiment construit pour l’exposition universelle à Paris et offert à la Martinique au XIXe siècle. En face, se trouve le parc de la Savane et le fort Saint-Louis. Il passe devant la statue de l’impératrice Joséphine, la Martiniquaise la plus connue mondialement. Il lui manque la tête et son buste est déjà bien abîmé. Intrigué, il s’approche et découvre une kyrielle de flagorneries. Désappointé, il continue sa balade et passe devant l’arrêt de bus sur lequel est tagué « Haïtiens dehors ».
Le carnaval
Le Carnaval tant attendu par la population est une grande fête où l’appétence à la débauche laisse libre cours. Les femmes se déguisent en hommes et les Martiniquais virils se déguisent dans des tenues féminines provocantes qui valorisent leur impressionnante anatomie. Pendant cette courte période carnavalesque et outrancière de trois jours, on remarque que l’évangile est le seul qui est resté dans le placard.
Le retour au travail est plutôt difficile. De nombreux collègues sont absents. Le P’tit Manu comprend finalement que le Carnaval dure toute une semaine dans la vie active.
SIX MOIS PLUS TARD
L’enthousiasme du P’tit Manu qui a pourtant grandi avec le slogan socialiste du « vivre-ensemble » décline quelque peu. En effet, quand Paris – à comprendre ici l’État – tente d’imposer une nouvelle mesure, celle de mettre un terme aux 40% de prime aux fonctionnaires par souci d’économie et d’égalité entre les Français, toute l’île s’embrase. C’est au système clanique local même auquel on s’attaque. Il faut savoir que lorsqu’un notable est élu maire, ce sont de nombreux CDI municipaux qui sont créés pour les membres de la famille extensible à l’infini du nouveau représentant de la République. Certes, même si cela avale une partie considérable du budget de la commune, ces passe-droits entraînent néanmoins une certaine prospérité de l’élite locale, élite qui n’abandonne pas pour autant sa lutte consistant à défendre les valeurs de la gauche radicale autonomiste : « Non à l’installation des grands groupes hôteliers qui exploiteraient la main d’œuvre locale ! »
Bon, il y a les mauvaises langues qui murmurent que les 40% sont la meilleure garantie de s’assurer l’allégeance de cette élite ultramarine envers la République. Mais une telle conclusion serait une atteinte à la dignité insulaire et disons-le – n’ayons pas peur des mots – elle équivaudrait à du racisme. La Martinique n’est point une république bananière !
Grèves, blocages et jacqueries antillaises
S’attaquer à l’honneur des Français ultramarins revient à une déclaration de guerre. Les ennemis ne sont plus les Francs-maçons suceurs de sang, ni les bandits saint-luciens ni les illégaux Haïtiens mais l’État colonial. On dénonce aussi les riches Békés exploiteurs et les métropolitains voleurs d’emplois surtout à la tête de l’administration et des grands groupes. Des barrages routiers sont alors mis en place. Ils quadrillent tout le département d’Outre-mer. Drapeaux indépendantistes et syndicaux servent d’étendards. Des pneus brulés servent de ralentisseurs. Des jeunes cagoulés servent la cause nationale en intimidant les automobilistes réfractaires au droit de péage, entre 5 et 25 Euros en fonction de la tête du conducteur. Le P’tit Manu, avec ses bonnes manières parisiennes, doit s’acquitter à chaque fois du prix différentiel de 30 Euros.
Un mouvement de grève générale s’impose grâce aux éléments les plus dévoués, soutenus par le nouveau parti la Martinique Insoumise. Juliette conseille au P’tit Manu de rester chez lui car il pourrait devenir une cible sur les barrages routiers. Les banderoles des protestataires sur lesquelles est inscrit le slogan « Non au génocide démographique de la Matinik » inquiètent. Les protestataires accusent l’État colonial d’exporter la jeunesse antillaise et d’importer les retraités métropolitains.
La situation se dégrade de jour en jour. Une bande d’une soixante de motards avec fusils pointés vers le ciel prennent d’assaut la gendarmerie des Trois Îlets et la brûlent. Les autorités craignent silencieusement qu’une chasse au « colon blanc » voie le jour. Quant au P’tit Manu, horrifié, dépité, il constate que l’ordre républicain est au bout de compte une notion théorique.
L’efficacité de l’accommodement
Finalement, le calme revient après quatre semaines de violence dont le coût est estimé à un milliard d’Euros. Le projet de loi est abandonné à Paris, une prime annuelle de 1500 Euros est accordée aux salariés martiniquais et une baisse de 50% de la TVA sur les énergies est concédée, le tout justifié par la cherté de la vie et par l’éloignement géographique de l’île ; aussi les partis politiques de l’île abandonnent tout projet d’autonomie ou d’indépendance et s’abstiennent de revenir sur la mystérieuse disparition entre Fort-de-France et Paris du gros dossier judiciaire sur la chlordécone, pesticide extrêmement dangereux. Ainsi réconcilient-ils Békés et syndicats locaux qui ont soutenu jadis la dérogation pour son utilisation dans les bananeraies.
On sait que la Grandeur internationale de la France passe par ses possessions maritimes ultramarines.
Le quimbois
A partir du jour où le P’tit Manu ose souligner ouvertement les contradictions des Antillais au bureau – il ne comprend pas pourquoi ces derniers refusent toute autonomie mais veulent conserver leurs spécificités comme le rejet du mariage pour tous ou la priorité donnée aux autochtones pour les postes dans la fonction publique – l’ambiance y est légèrement moins joviale.
Curieusement, il trouve de façon quotidienne une pièce de 5 centimes sous son bureau. Il a beau la ramasser chaque jour, il en retrouve une autre le lendemain. Il s’agit là peut-être d’une coutume bienveillante et généreuse, se dit-il. Ces pièces lui permettent d’avoir toujours un peu de monnaie sur lui lorsqu’il passe à la boulangerie.
Mais depuis ce phénomène énigmatique, une série de malchances le poursuit : il attrape la dengue qui le cloue au lit pendant une dizaine de jours, l’adorable chaton qu’il a adopté se fait empoisonner et meurt dans d’abominables souffrances, la chaudière de son appartement explose ce qui l’oblige à prendre des douches froides pendant un mois, il se foule la cheville en allant au travail, il fait une intoxication alimentaire. En nageant, il se fait piquer sur ses parties intimes par des méduses microscopiques, il dort mal, il fait de nombreux cauchemars et finit par avoir des visions, des formes sombres passant au-dessus de son lit.
Ce n’est qu’au bout de plusieurs semaines qu’il cesse de ramasser les pièces de cinq centimes. Quand sa collègue Chantal l’a vu à quatre pattes sous son bureau en train de ramasser la monnaie, elle lui a crié : « malheureux ! Pourquoi touches-tu à ces pièces ? Il ne faut pas les prendre. Même les femmes de ménage refusent de les enlever. Elles représentent un sortilège ».
Le choc culturel du P’tit Manu est total. Serait-il devenu expat dans son propre pays ? ou simplement un occupant ? S’il ose déclarer qu’on est ici en France, on lui rétorque qu’il est en Martinique. Quand il dit à ses collègues que ses parents habitent en France, on le corrige pour lui dire que ses parents vivent en France hexagonale car ici, c’est aussi la France.
On se moque du P’tit Manu avec son savoir-vivre élitiste légèrement maniéré, interprété comme une inclination déviante. Au bout de six mois, le P’tit Manu se méfie des petits sourires à la fois amusés et condescendants des secrétaires. Sous l’apparence sympathique des locaux, une xénophobie se dissimulerait-elle ?
Le retour en France hexagonale
Antoinette, présidente de région en métropole, ne veut surtout pas de problèmes avec son fils ni faire du foin avec l’administration des territoires d’outre-mer. Grâce à ses relations haut placées, elle arrive à faire muter son fils dans l’Hexagone, dans un fauteuil confortable au Haut-commissariat au Plan, dans un bel hôtel parisien. Il est vrai qu’on ne connait plus très bien la fonction de cette institution nationale dont les 15 millions d’Euros alloués à son budget assurent toutefois à ses employés une vie agréable.
Le jour du départ du P’tit Manu de la Martinique, l’ordinateur qu’on lui a promis dès sa première semaine est installé sur son bureau. Il aura dû attendre en tout sept mois. Il remet le manuscrit de sept pages sur lequel il a travaillé tout le long de son stage rémunéré sur la vétusté du réseau de canalisation du département, rien de nouveau… cependant, il s’agit d’une page par mois. Sa patronne, Juliette le félicite et organise une petite fête d’adieu. Il reçoit une bouteille de vieux rhum, des épices et une bible avec une dédicace de Juliette :
« Hier n’est plus,
Aujourd’hui est là,
Par Lui naîtra demain. »
&
Proverbe africain :
Tout seul on va vite,
Mais ensemble on va plus loin.
Au moment de cette lecture, « loin » est ce que retient l’attention du P’tit Manu.height=”20px”]Partir loin et seul.
[1] Mélange de rhum et de jus de fruits. Cette boisson sucrée et alcoolisée se boit très facilement et vous rend ivre très vite. Une trop grande consommation de rhum, alcool de canne à sucre, attaque les neurones.
***

Vocabulaire (with English translation)
L’arrivée au Paradis tropical
Stage (n.m) : internship
Énarque (n.m/f) : National School of Administration graduate
Île aux fleurs : other name for Martinique (in the French West Indies)
Chantre (n.m.) : defender
Négritude (n.f.) : Black culture
Pancarte (n.f.) : sign
Brandir (v) : raise
Plaque d’immatriculation (n.f.) : number plate
Abimé (adj.) : damaged
Frisson (n.m.) : shiver
Fierté (n.f.) : pride
Car (n.m) : coach, bus
Amarrer (v) : moor | (amarrés : moored)
Navette (n.f.) shuttle
Bateau de croisière : cruise ship
Embarcadère (n.m.) : pier, quay
Mener (v.) : to lead
‘Metroland’ (sarcastic expression) : In Oversea French territories, France is also called “metropole” or “hexagone”. So, when French West Indians use the word “metroland”, they mean a place where French White people live.
Morne (n.m) : hill
Parsemer (v.) : scatter, sprinkle
Volet (n.m.) : shutter
Au fur et à mesure (loc. adv.) : gradually, bit by bit
Coassement (n.m) : croaking
Crépusculaire (adj.) : twillight, dusk
Grillon (n.m.) : cricket
Cigale (n.f.) : cicada
Volupté (n.f.) : exquisite pleasure
Week-end idyllique
Fêtard.e (n.) : party animal, partygoer
Les métros (n.m.) : People from France
Entamé (adj.) : started, rattled
Frôler (v.) : come close to
Poulpe (n.m.) : octopus
Algue (n.f.) : seaweed, algae
Vague (n.f.) : wave
Scintiller (v.) : sparkle, shine
Fond marin (n.m.) : seabed
Sable (n.m.) : sand
Tutoiement (n.m.) / tutoyer (v.) : call sb ‘tu’
Être de rigueur (loc. V.) be required
Le premier jour au travail
Ponton (n. m.) : pontoon
Grève (n.f..) : strike
Préavis (n. m.) : notice, warning
Mince ! : Damn !
Embêté (adj.) : annoyed
D’autant plus (loc. conj.) : especially as
À peine (loc. adv.) : hardly, barely
Rond-point (n.m.) : roundabout
Bien en chair (loc. Adj.) : plump
Quelque peu (loc. adv.) : somewhat
La cheffe : Juliette Montfleuri
Désormais (adv.) : from now on
Parole (n.f.) : words
S’éterniser (v.) : go on and on, to drag on
Chabin-e : derogative name for mixed race people in Martinique
Confier (v.) : confide, reveal
Invétéré (adj.) : incorrigible, diehard
Coureur de jupons (n.m.) : skirt-chaser, womanizer
Voyou (n.m) : thug, yob
Âme (n.f.) : soul
Drôle (adj.) : when it is placed before the noun, it means weird (after the noun : funny)
Suffire, p.p. suffi (v.) : be enough
Malgré (prép.) : despite
Égorger (v.) : slit throat
Bougre de (n.m./f.) : bloody, damned
Fuir (v.) : flee, run away
Pour l’instant (loc. adv.) : for the moment
S’installer (v.) : take his place
Prime (n.f.) : bonus
Rabais (n.m.) : reduction
Indemnité (n.f.) : allowance
Piquet de grève (n.m.) : picket line
Ecarquillé (adj.) : wide open
Télétravail (n.m.) : working from home
Régler (v.) : sort out
De crainte que (loc. conj.) : for fear of
Asservir (v) : enslave
Hagard (adj.) : distressed
La collègue : chantal
Se lier à (v.) : become friendly with
Négropolitain-e : horrendous expression used in Martinique for people of west Indian origins who moved to France (la Métropole) at some point and have returned to the French West Indies since.
Dégradé (adj.) : deteriorated, weak
Méprise (n.f.) : misunderstanding
Acharné (adj.) : hardworking, tireless
Stage (n.m.) : training course
Baggage en soute : baggage hold
Compétence (n.f.) : skill
Ballade à Fort-de-France
Labeur (n.f.) : hard work
S’extasier (v.) : go into ecstasies
Âbimé (adj.) : damaged
S’approcher (v.) : come closer
Kyrielle (n.f.) : multitude
Flagonnerie (n.f.) : flattery (It has a sarcastic meaning in the text. It refers to obscenity)
Le carnaval
Appétence (n.f.): carving, yearning, desire
Débauche (n.f.) : debauchery, orgy
Laisser libre cours (loc. v.) : give free rein
Outrancier / outrancière (adj.) : outrageous
Six mois plus tard
Imposer (v.) : tax
Fonctionnaire (n. m/f) : civil servant
Par souci de (loc. adv.) : for the sake of, for the purpose of
S’embraser (v.) : ablaze, inflame
CDI, Contrat à durée indéterminée (n.m) : Permanent contract. With ‘CDI’ in France, it gets difficult for the employer to lay off the employee, even if the employee becomes rude and lazy.
Certes (adv.) : admittedly
Avaler (v) : swallow, take
Commune (n.f.) : municipality, town
Passe-droit (n.m.) : special favour
Installation (n.f.) : arrival, opening
Main-d’œuvre (n.f.) : workforce, workers
Mauvaise langue (n.f.) : scandalmonger
Ultramarin / ultramarine (adj.) : overseas
Atteinte (n.f.) : breach, infringement
Insulaire (adj.) : island
Équivaloir (conditionnel : équivaudrait) : be tantamount to
Bananier / bananière (adj.) : banana
Grèves, blocages et jacqueries antillaises
Suceur (adj.) : sucker
Békés (n.m/f.) : People who are descended from the first French settlers in Martinique who used to own plantations. “Les Békés” (from Martinique) run the economy in most of French overseas territories.
Barrage routier (n.m.) : road barricade
Quadriller (v.) : lock down
Étendard (n.m.) : emblem
Pneu (n.m) : tyre
Ralentisseur (n.m.) : speed bump, speed hump
Cagoulé (adj.) : wearing a balaclava
Réfractaire (adj.) : resistant
Péage (n.m) : toll
S’acquitter (v.) : pay
S’imposer (v.) : prevail
Dévoué (adj.) : devoted
Cible (n.f.) : target
Banderole (n.f.) : banner
Se dégrader (v.) : deteriorate
Motard (n.m.) : biker
Fusil (n.m.) : riffle
Prendre d’assaut (loc. v.) : take by storm
Bande (n.f.) : gang
Dépité (adj.) : miffed, vexed
L’efficacité de l’accommodement
Accommodement (n.m) : compromise
Concéder (v) : grant, give
Éloignement (n.m.) : distance
Chlordécone (n.m.) : Chlordecon is a very dangerous pesticide banned in the US and Europe.
Jadis (adv.) : long ago
Derogation (n.f.) : exemption
Bananeraie (n.f.) : banana plantation
Grandeur (n.f.) : greatness
Le quimbois
Quimbois (n.m) : ‘a lighter version’ of voodoo in Martinique
Oser (v.) : dare
Souligner (v.) underline, stress
Mariage pour tous (n.m) : gay marriage
Autochtone (n.m/f) : native
Jovial (adj.) : jolly
Quotidien-ne (adj.) : daily
Pièce de 5 centimes (n.f) = five-cent coin.
Avoir beau (loc. v.) : might well
Ramasser (v.) : pick
Bienveillant (adj.) : kind, benevolent
Attraper (v.) : catch
Clouer (v.) : nail
Chaton (n.m.) : kitten
Chaudière (n.f.) : boiler
Se fouler la cheville (loc. v.) : sprain your ankle
Une intoxication alimentaire (n.f.) : food poisoning
Méduse (n.f.) : Jellyfish
Cauchemar (n.m.) : nightmare
À quatre pattes (loc. adj.) : on all fours
Sortilège (n.m.) : curse
Occupant (n.m.) : occupier
Rétorquer (v.) : retort
Savoir-vivre (n.m.) : manners
Maniéré (adj.) : affected
Se méfier de (v.) : to be warry of, not trust
Condescendant (adj.) : patronising
Le retour en France hexagonale
Faire du foin (loc. v.) : cause a stir
Muter (v.) : transfer
Haut-commissariat au plan : Office of the High Commissioner for planning
Toutefois (avd.) : however
Féliciter (v.) : congratulate
Dédicace (n.f.) : inscription
***
Une oreille coupée à toujours son conduit (expression martiniquaise qui signifie que l’allure d’une personne peut être trompeuse)




