CHRONIQUE D’UNE RÉVOLUTION : UKRAINE 2013-2017
4. Perte et déclin de la Crimée
Couverture médiatique de la “crise ukrainienne” en France et en Grande-Bretagne
Les inquiétudes exprimées par le magazine britannique The Economist dès le 27 février 2014 quant au devenir de la Crimée se sont rapidement confirmées. Quinze jours plus tard, l’hebdomadaire publiait un article virulent à l’égard de la Russie, intitulé Asymmetric Wars , dans lequel il dénonçait le référendum organisé en Crimée comme une farce politique dépourvue de toute légitimité démocratique.
Néanmoins, The Economist recommandait à l’Ukraine de reconnaître cette annexion dans les faits, tout en la rejetant dans le droit. Si le pays aspire véritablement à rejoindre le cercle des démocraties occidentales, il doit, selon l’hebdomadaire, concentrer ses efforts non sur la récupération immédiate de la Crimée, mais sur des réformes structurelles profondes, indispensables à sa modernisation. L’accent devrait être mis sur la construction d’un État de droit et d’une économie prospère, plutôt que sur le nationalisme ou la rhétorique territoriale.
Pour l’Occident, la réponse appropriée résiderait dans la mise en place d’un ambitieux programme d’aide à la reconstruction et au développement — une sorte de Plan Marshall contemporain — afin de favoriser la stabilité et la prospérité de l’Ukraine. Selon The Economist, la meilleure manière de reconquérir, à terme, les cœurs et les esprits des habitants de la péninsule criméenne est de démontrer, par l’exemple, que l’Ukraine est capable de s’enrichir et de prospérer dans le respect des principes démocratiques.
Dans l’immédiat, l’Ukraine se voit investie d’une responsabilité majeure : assurer la protection des Tatars de Crimée et leur offrir les conditions nécessaires à un accueil digne et sécurisé sur son territoire.
Quatorze mois après l’annexion, The Economist dresse un bilan sombre de la situation en Crimée, qu’il qualifie de désastreuse pour la péninsule. Les sanctions occidentales, combinées au blocus économique imposé par l’Ukraine, paralysent le développement de secteurs clés, notamment celui du tourisme, vital pour l’économie locale.
Le climat politique et médiatique s’est considérablement refermé : les minorités ukrainienne et tatare se retrouvent privées d’espace d’expression et font l’objet d’une répression systématique dès lors que leurs voix s’élèvent contre l’ordre établi.
Le journal souligne néanmoins que l’attachement de la population locale à la Russie demeure perceptible. Cet ancrage s’explique en partie par la composition démographique de la péninsule : près d’un tiers des habitants sont des retraités, dont beaucoup restent profondément nostalgiques de l’Union soviétique. Par ailleurs, la survie économique de la Crimée repose en grande partie sur l’État russe, qui finance environ 85 % du budget de la région.
Dans un article publié le 23 novembre 2015, le quotidien français Le Figaro choisit de qualifier les dirigeants de la Crimée d’« autorités pro-russes » plutôt que d’« autorités russes », marquant ainsi une prise de distance sémantique vis-à-vis de l’annexion. Le journal y relate le sabotage de plusieurs pylônes électriques, un acte qui a plongé la péninsule dans l’obscurité, soulignant la dépendance énergétique criante de la Crimée à l’égard de l’Ukraine, qui assurait alors près de 70 % de son approvisionnement en électricité.
Selon les informations relayées, cet acte de sabotage serait imputé à Pravy Sektor, formation nationaliste ukrainienne radicale, ainsi qu’à des militants tatars. Ces derniers, par la voix de leur leader, exigent par ailleurs l’ouverture d’une enquête internationale sur les enlèvements et les assassinats commis en Crimée depuis l’annexion, pointant du doigt les atteintes aux droits de l’homme dans la région.
FΩRMIdea Paris, le 22 juillet 2017. | Read this article in English


