Les minorités allemandes en Europe de l'Est
Les premières colonies allemandes
Consolider les frontières des empires chrétiens
La Russie et l’Autriche-Hongrie adoptent la même stratégie. Ils appellent des colons allemands à s’installer dans les nouveaux territoires afin de consolider les frontières, tout en relançant l’économie locale. Pour attirer les colons, la Russie et l’Autriche-Hongrie s’engagent à leur donner des terres, mais aussi une autonomie administrative et judiciaire, une liberté religieuse, et en les exemptant d’impôts et de service militaire. Le prosélytisme est rigoureusement interdit auprès des orthodoxes, mais autorisé auprès des musulmans.
Population allemande en Europe de l’Est en 1920
Entre 150 000 et 200 000 Allemands iront s’installer dans les territoires austro-hongrois au XVIIIe siècle, notamment au Banat, en Voïvodine et en Transylvanie. La plupart sont originaires de Bavière et de Rhénanie, mais aussi d’autres régions allemandes, voire de Lorraine, d’Alsace, de Suisse et de Flandre.
L’appel de Catherine II
Au cours des années 1870, Alexandre II modifie les statuts juridiques des populations de Russie. Les Allemands seront dorénavant astreints au service militaire, ce qui est contraire aux convictions religieuses des Mennonites. Une partie de ceux-ci s’exilera vers l’Argentine (177 000 aujourd’hui), le Canada et les Etats-Unis. D’autres iront s’établir au-delà de l’Oural, où le service militaire n’était pas encore obligatoire. Au début du XXe siècle, les colonies allemandes de Sibérie et d’Asie centrale dépasseront les 100 000 personnes.
Les Allemands de la Volga
En 1918, le pouvoir soviétique décrète l’autonomie du Territoire de la Volga, qui devient officiellement la « Fédération des Allemands de la Volga ». Dans les années 1920, le gouvernement soviétique désorganisera complètement le système économique et enverra des dizaines de milliers de paysans allemands dans les goulags de Sibérie. Les réquisitions entraîneront une famine qui touchera le Territoire de la Volga et d’autres régions de l’URSS, faisant des millions de victimes, dont peut-être 200 000 Allemands.
Déportés allemands de Bessarabie, Berlin, octobre 1940.
Le décret soviétique du 28 août 1941 ordonne le déplacement vers la Sibérie et le Kazakhstan des Allemands du Territoire de la Volga (près d’un million) auxquels on ajoute 80 000 Allemands d’autres régions russes et 25 000 de Géorgie et d’Azerbaïdjan. Les pertes humaines sont de 30% lors de la déportation.
Entre 1941 et 1948, 850 000 Allemands vont être internés dans des camps de travail. 35 % d’entre eux meurent au cours des cinq premières années.
Déportations des populations allemandes vers la R.F.A.
Après 1945 et la cession à la Pologne des territoires orientaux allemands colonisés depuis le XIIe siècle (Prusse orientale, Poméranie et Brandebourg), 4 500 000 Allemands seront déplacés vers l’Allemagne fédérale. Dans un mouvement de haine collective et avec la bénédiction des signataires des accords de Postdam, tous les pays à l’est de la ligne Oder-Neisse vont pratiquer la déportation des germanophones. Ces déportations sont faites dans des conditions inhumaines. Expulsés de leurs maisons et dépouillés de leurs biens, les Allemands sont également décimés par les maladies et par la famine. Dans certaines régions (Prusse orientale, Poméranie), les viols des femmes, jeunes filles et jeunes garçons atteignent 80%. Certains sont contraints aux travaux forcés, comme les Saxons de Transylvanie et les Souabes du Banat, qui sont envoyés en Ukraine pour l’exploitation des mines de charbon du Donbass. Sur les 20 à 25 millions d’Allemands qui vivaient à l’est des frontières actuelles de l’Allemagne en 1939, on n’en comptera plus qu’environ 4 millions en 1960. Entre deux et demi et trois millions sont morts après la Seconde Guerre mondiale, suite à ces déportations, qui restent le plus grand mouvement de masse de l’Histoire avec ses 15 millions de déplacés. Certains y ont vu un véritable génocide, tandis que les historiens parlent de purification ethnique.
Expulsion des Allemands des Sudètes, 1945
En vingt ans (1989-2009), environ 2,8 millions d’Allemands de souche sont arrivés en Allemagne, en provenance de l’ex-URSS (dont 700 000 du Kazakhstan), de la Roumanie, de la Hongrie et de l’ex-Yougoslavie. Leur intégration est difficile, avec 34% vivant en dessous du seuil de pauvreté. En 1993, l’Allemagne adopta une loi pour accueillir les immigrants d’Europe de l’Est, qui pouvaient librement venir s’installer jusqu’en 2011.
Les minorités allemandes aujourd’hui
Toutes ces communautés d’Europe orientale ou d’Asie occidentale excluent les Juifs ashkénazes, eux aussi germanophones (judéo-allemand ou yiddish) et présents également dans tous les pays mentionnés plus haut.
Les colons alsaciens, lorrains, flamands et partiellement suisses, ont subi le même sort que les colons allemands auxquels ils s’étaient largement mélangés au fil du temps.
Les colonies suisses
La colonie de Chabag (50 km au sud d’Odessa) fut fondée en 1822 sous le nom de Helvétianopolis par des Vaudois et des Neuchâtelois (de Buttes). Plus tard, d’autres colons de tout le canton de Vaud, du canton de Berne (Cerlier, Champoz, Gessenay), de Bâle (Listal, Pratteln), vinrent s’ajouter aux premiers et, pour agrandir la colonie, on fit également appel à des habitants nés dans les villages allemands ou alsaciens voisins (1830 – 1840). En 1919, quand la colonie passe sous contrôle roumain, la population de Chabag atteint 5 500 âmes et a fondé deux autres villages suisses. Puis, en 1940, les Soviétiques s’emparent de la région et envoient en déportation une partie de la population, dont la plupart des colons allemands et suisses, y compris M. Besson, le maire suisse de Chabag. Plusieurs familles suisses parviennent à fuir, et certaines reviendront quand la région retrouvera son calme. Il reste encore quelques Suisses en Bessarabie, mais la plupart ont abandonné leur langue d’origine, interdite entre 1940 et 1964.
Tandis que beaucoup de chrétiens se replient vers la Géorgie et l’Arménie, des musulmans de ces deux pays viennent s’installer dans les régions de Kars et d’Ardahan.
Dans la tourmente, la plupart des Allemands, des Suisses et des Estoniens se replient dans les colonies allemandes de Géorgie fondées en 1815 et 1818, dont la plus importante : Bolnissi (Katharinenfeld / Luxemburg). La quasi-totalité des colons de Géorgie fut déportée en 1941 vers le Kazakhstan et la Sibérie.
Allemands en Turquie
Dans les années 1860, deux autres villages allemands furent fondés dans la région d’Izmir, puis un autre près d’Amasya. Des Allemands s’installèrent également à Brousse (Bursa) et à Ankara. La plupart des colonies allemandes existèrent jusqu’au conflit de 1914. Elles possédaient leurs propres écoles et des temples. Après la Grande Guerre, les communautés furent dispersées et certains Allemands retournèrent en Allemagne. D’autres se fixèrent dans les villes.
Aux colons du Caucase et d’Anatolie, il faut ajouter les réfugiés allemands fuyant le régime nazi des années 1930. La Turquie ouvrit ses portes aux communistes, juifs et autres opposants allemands, dont plusieurs milliers vinrent s’y installer et, quelques centaines, de façon définitive. On les nomme aujourd’hui les Allemands du Bosphore.
Même si la majorité des Allemands de Turquie est formée aujourd’hui d’Allemands et de doubles nationaux arrivés plus ou moins récemment, le groupe ethnique est considéré comme autochtone, en raison de sa présence continue depuis plus de 150 ans en Anatolie. Les Allemands de Turquie sont principalement luthériens, mais n’ont plus de communauté religieuse organisée, à part dans les villes d’Istanbul, d’Izmir, de Tarse et d’Ankara, les seuls endroits où la langue allemande a bien survécu.
form-idea.com Istanbul, le 3 août 2021. Avec nos remerciements à Marina Rota.
Odessa
Bessarabie
Colonie allemande en Bessarabie (Moldavie/Ukraine)



Village allemand sur la Volga, 1930.
Allemands d’Odessa (Ukraine)
Cimetière allemand en Bessarabie | 1940


Village allemand en Bucovine (Roumanie/Ukraine)