L’amitié entre le roi et le frère du duc, Gilles de Bretagne, ainsi que l’intérêt breton à participer à une paix franco-anglaise évitent la rupture des relations entre Henry VI et François 1er, quoique ce dernier reste dubitatif sur les intentions réelles des Anglais.[19] L’incident de La Guerche sert surtout le parti pro-français à la Cour de Nantes qui convainc le duc d’accepter la proposition royale de le nommer dans le prochain accord franco-anglais comme le vassal de Charles VII. Ce retournement stratégique laisse Suffolk et Robert de Roos interloqués, alors ambassadeurs anglais à Tours. Mécontents de ce revirement soudain, ils protestent vivement devant les ambassadeurs bretons.[20]

Le soutien visible et constant d’Henry VI aux revendications de Gilles de Bretagne ne fait qu’aggraver le malaise de François 1er et en réaction, le 14 mars 1446, il consent à prêter l’hommage au roi de France à Chinon ; le comble pour les Lancastre, le duc demande pardon pour la politique anglophile menée par son feu père, Jean V.[21]

Historiographie sur la prise de La Guerche

Même si, à première lecture, les chroniques font état de nombreuses contradictions concernant l’ordre et la durée des étapes de la mésaventure du duc de Somerset, elles permettent néanmoins de comprendre certains faits politiques. Les chroniques françaises et bourguignonnes renseignent sur les dissensions au sein de la classe dirigeante anglaise, dissensions occasionnées par la mission confiée à John Beaufort. Ces informations sont essentielles à une bonne compréhension des origines de la chute de l’Empire lancastrien.[22] Par ailleurs, il semblerait que les chroniques françaises soient plus proches de la vérité concernant le pillage de La Guerche, rapine passée sous silence par les Bretons. Quatorze ans après cet épisode, le duc de Bretagne reçoit encore des demandes d’indemnisations de ses sujets pour les dommages causés par les soldats anglais.[23] Les chroniques bretonnes, quant à elles, aident à saisir et les motivations qui ont poussé Somerset à occuper la ville de La Guerche, et la complexité des négociations qui en découlent.

Les historiens britanniques au XIXe n’ont pas retenu les versions bretonnes, aussi n’est-il pas étonnant de voir Ramsay soutenir l’hypothèse du chroniqueur normand et anti-breton, Basin.[24] Aujourd’hui, il en va différemment.

Griffiths est sans doute l’historien britannique le plus sévère à l’égard de John Beaufort qu’il qualifie de piètre militaire. Selon lui, l’expédition de Somerset expose au grand jour les difficultés de l’Angleterre et les déchirements au sein de l’aristocratie anglaise.[25] L’aventure cavalière de Somerset a pour seul résultat l’aliénation de la Bretagne qui favorise un rapprochement franco-breton significatif. Elle est un coup mortel à la vieille alliance entre les Montfort et les Plantagenêt et ne fait qu’accélérer la précarité de la Normandie lancastrienne.

Wolffe semble plus clément dans son jugement. Selon lui, le véritable responsable du désastre de La Guerche fut Henry VI, par son absence. Si le roi avait pris la tête de l’expédition en France, il aurait empêché un raid contre la ville appartenant à un allié et sa venue aurait évité au duc d’York de se heurter à une telle défiance dans son autorité.[26]

Malheureusement, par un manque de sources, nous ne savons pas quelles ont été les réelles motivations de John Beaufort : voulait-il s’enrichir au risque de déstabiliser la région ou désirait-il tout simplement faire respecter les engagements pris par les ducs de Bretagne dans le traité anglo-breton de 1440 ?


[19] Griffiths (1981), 469-470.

[20] Bourdeaut, 62-63.

[21] Morice, ii, 1400. In Bourdeaut, 78. Les conseillers du roi demandèrent à François 1er de se baisser lorsqu’il rendit hommage mais Charles VII les interrompit pour laisser le duc faire hommage à la manière qu’il souhaita. Jeulin, 446-447. François 1er prêta l’hommage tête nue mais avec l’épée de côté. Bourdeaut, 77-78.

[22] Voir surtout Basin-Samaran, ii, 281-283.

[23] Le 7 octobre 1457, la comtesse de Laval demande au duc de verser une indemnité à Madeleine de Vitré pour les pertes encourues lorsque les Anglais étaient à Pouancé et à La Guerche (B.N., ms fr., 22319, 161). B. de Brousillon, La maison de Laval 1020-1605 : étude historique accompagnée de cartulaire de Laval. Paris, A. Piacard, 1895-1900, tome 3, 179.

[24] Ramsay, 55.

[25] Griffiths (1981), 468-469.

[26] Wolffe, 168.

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